En marchant aux côtés des Clan Mothers, 3e partie

28 février, 2022 | Initiatives et projets

Cet article est le dernier d’une série de trois articles qui racontent l’histoire du village de guérison Clan Mothers Healing Village. Pour lire la première partie, veuillez cliquer ici et pour la deuxième, ici.

L’aînée Mae Louise Campbell, l’une des fondatrices du Clan Mothers Healing Village, œuvrait antérieurement au Grandmother Moon Lodge, un espace de guérison dirigé par des Autochtones à Saint-Laurent, maintenant fermé depuis 13 ans. L’organisme a été actif pendant 18 ans avant de fermer ses portes pour une multitude de raisons.

« Cette expérience nous a beaucoup appris, dit-elle. Les milliers de femmes que nous avons accueillies au fil des ans nous ont dit que c’était le seul endroit qui pouvait leur transmettre les enseignements sacrés dont elles avaient besoin pour favoriser leur propre guérison. Après avoir fermé nos portes, nous avons continué à recevoir des appels de femmes nous disant qu’elles n’avaient nulle part vers où aller pour apprendre les enseignements. »

L’aînée Campbell, sa fille Jamie Goulet et un conseil de sept aînées étaient convaincues qu’elles pouvaient créer un nouveau modèle de guérison autochtone et le gérer de manière autonome, tout en restant fidèles aux traditions transmises de femme à femme, de génération en génération.

On ne saurait trop insister sur les séquelles du colonialisme, mais l’aînée Campbell va encore plus loin. « Le patriarcat a profondément influencé nos traditions », explique‑t‑elle, faisant allusion au fait qu’avant la colonisation, les femmes autochtones jouaient des rôles bien différents au sein de leurs communautés. « Nous avons une prophétie annonçant qu’un jour, tous les peuples du monde se tourneront vers les enseignements autochtones pour guérir. Ce jour arrivera seulement lorsque les femmes auront retrouvé leur force. »

Même si le Clan Mothers Healing Village mettra l’accent sur les femmes et la guérison de leurs traumatismes, les mères croient également que lorsque ces femmes seront guéries et auront retrouvé la santé et leur force, elles aideront, à leur tour, les hommes autochtones à trouver leur voie. « Nous devons revenir, hommes et femmes, à nos vraies valeurs, nous élever au-dessus de ce que nous savons être mal et enseigner la vérité à nos garçons et à nos filles, poursuit l’aînée Campbell. Un homme est un guerrier ou un protecteur, il ne devrait jamais toucher à une femme sous le coup de la colère. Nos hommes ont aussi besoin de trouver leur place dans le monde. Ils doivent trouver la guérison, eux aussi. Il y a tant de choses à apprendre  ».

La carte proposée pour le Healing Village, situé près des rives du lac Winnipeg, à Belair.

En tant qu’aînée, Mme Campbell croit que tout est interconnecté dans notre monde. Elle regarde ce qui se passe au Canada et ailleurs, notamment la pandémie qui a semé la peur et la division chez les gens, la découverte de sépultures anonymes sur les sites des pensionnats et les effets des changements climatiques sur tous les peuples. « Ce qui arrive à notre Terre mère se répercutera sur tous ses enfants, dit-elle. Et je me demande toujours pourquoi tout cela arrive. Je crois que des événements encore plus puissants amèneront les humains à changer leur façon de penser et leur façon de faire. »

Malgré la douleur et la souffrance dont elle est témoin quotidiennement, l’aînée Campbell demeure optimiste. « Je suis très confiante, malgré mon âge avancé. Je vais bientôt avoir 88 ans, confie-t-elle. Je n’avais jamais pensé voir cela de mon vivant. Les peuples se réveillent et les colons commencent à comprendre que nous avons encore tellement de choses à offrir au monde. »

Le Clan Mothers Healing Village n’est qu’un début, selon l’aînée Campbell. « C’est un modèle facile à reproduire, conclut‑elle. Lorsqu’ils ont la possibilité de s’autogouverner, les Autochtones ont un potentiel infini. Les femmes doivent guérir. Les hommes doivent se regarder en face, admettre leurs erreurs et accepter qui ils sont véritablement. C’est ainsi qu’en tant que peuple, nous pouvons changer les choses. Nous avons tant à offrir. Tous les êtres humains ont quelque chose à offrir. »