Mot du cœur

30 avril, 2026 | Le mot du cœur

J’ai passé une grande partie de ma carrière dans les domaines de la communication et de la justice sociale, et il en faut beaucoup pour me surprendre ou me choquer. Lorsque j’ai commencé à parcourir les actualités le 14 avril, j’ai été interpellée par une statistique qui faisait la une.

Au 31 mars 2026, 8 248 personnes étaient sans domicile fixe à Winnipeg. À la même période l’année dernière, elles étaient 5 698, ce qui représente une augmentation de 45 % du nombre de personnes qui ne parviennent pas à trouver un logement stable, sûr et abordable.

Imaginez que toute la population de La Broquerie se réveille demain sans abri. Ou toute la ville de Dauphin. Imaginez comment nous nous mobiliserions, mettrions en place des refuges, des programmes et des services dès que possible. Et pourtant, à Winnipeg, autour des tables, pendant les pauses café et sur les réseaux sociaux, nous débattons de la manière dont nous devrions aider, et certains se demandent même si nous devrions aider!

L’inhumanité de cette situation me coupe le souffle. L’itinérance se situe à la croisée de l’accès au logement, de la santé mentale, des traumatismes, de la pauvreté, du colonialisme et des lacunes systémiques qui existent depuis des générations. Si vous n’avez jamais été confronté à cette réalité, il peut être difficile de saisir pleinement le poids de ce que ces personnes portent chaque jour : l’instabilité, l’épuisement, la perte de sécurité et de dignité.

Nos systèmes de santé et de services sociaux ont été mis en place selon un modèle colonial : ils fonctionnent sur la base de budgets, de contrats d’achat de services et d’effectifs. Il y a de nombreuses années, lors d’une conférence de l’Alliance catholique de la santé du Canada, j’ai demandé à Niigaan Sinclair, écrivain, éditeur, professeur et militant Anishinaabek, à quoi ressemblerait un modèle de soins de santé fondé sur la réconciliation. Sa réponse : « Un endroit où nous avons le temps de nous asseoir et d’apprendre à nous connaître, où nous pouvons prendre soin les uns des autres en tant qu’êtres humains. »

Je lui ai répondu que les centaines de responsables des services de santé et des services sociaux présents dans la salle le souhaitaient aussi. Personne travaillant dans le système ne veut du système que nous avons ; tous prendraient plus de temps pour être humains, pour créer des liens, pour être davantage auprès des personnes qui souffrent.

Les jours où tout semble un peu désespéré, un peu déshumanisant, je me rappelle ceci : notre désir de prendre soin des autres est plus fort que notre envie d’abandonner un système qui ne répond pas à nos besoins.

Je regarde les membres du Cercle consultatif autochtone qui ont invité des membres du personnel et du conseil d’administration de RCN à une cérémonie le mois dernier : beaucoup peuvent admettre que lorsqu’ils ont été approchés pour la première fois par une organisation catholique, tous leurs instincts leur disaient de refuser. Ils ont choisi la curiosité plutôt que le jugement, ils ont choisi de nouer des relations, et ils savent que même si nous ne sommes pas parfaits, nous sommes des alliés sincères et honnêtes. On nous a offert un magnifique nom spirituel qui raconte cette histoire, un cadeau plein de grâce, de pardon et d’espoir. Veuillez cliquer ici pour lire l’histoire de ce nom racontée par Grand-mère Helen Robinson-Settee.

Je pense à tous les membres du personnel de ce réseau qui, un jour ou l’autre, sont restés éveillés la nuit à se demander ce qu’il adviendrait d’une personne dont ils avaient la charge, et cela me rappelle que tant que nous ne nous abandonnons pas les uns les autres, nous avons encore de l’espoir.

8 248 personnes viennent de passer l’hiver à Winnipeg sans savoir où elles trouveraient un lit pour la nuit suivante. Au sein des organisations du Réseau Compassion Network, c’est à peu près ce nombre de personnes qui se présentent chaque jour au travail, en tant qu’administrateurs, travailleurs sociaux, infirmier.ière.s, personnel de cuisine, personnel d’entretien et bien d’autres, tous avec pour objectif d’accompagner ceux et celles qui sont dans le besoin. À travers des services de soutien en matière de toxicomanie et de santé mentale, des programmes d’accès au logement, de soins de santé aigus et de santé publique, nos organisations œuvrent pour un monde où personne n’est laissé pour compte.

Le chemin est encore long pour nous, en tant que peuples signataires de traités, et pour nos organisations également, mais je suis extrêmement heureuse d’être entourée de personnes qui choisissent de le parcourir chaque jour, ainsi que de tous ceux et celles qui, au sein de nos communautés, choisissent de le parcourir avec nous.

– Jocelyne Nicolas, Spécialiste en communications

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