Créer des espaces sécurisants pour les jeunes franco-queers

30 avril, 2026 | Centre de santé Saint-Boniface

Jay Campagne, Janelle Delorme et Annika Turenne. (photo : Centre de santé Saint-Boniface)

Annika Turenne est une étudiante universitaire présentement en fin de cursus scolaire en travail social. Elle est également membre francophone de la communauté 2SLGBTQIA+ et aide d’autres membres francophones de la communauté queer à trouver un sentiment d’appartenance et de sécurité au Centre de santé Saint-Boniface (CDS), qu’ils soient client.e.s ou non.

« Quand on fait partie de la communauté queer, on fait très attention à la façon dont on s’identifie, sans parler des espaces et des personnes avec qui on partage tous les aspects de son identité », explique Turenne. « Même au Secondaire, quand on essayait de se rassembler en tant que communauté, on ne voulait pas attirer l’attention sur nous, donner un nom queer au groupe ou être très visibles à ce sujet. C’est la réalité de notre expérience vécue. »

Lorsque le Collectif LGBTQ* du Manitoba et l’Université de Saint-Boniface ont publié en 2024 un document de recherche conjoint sur l’expérience des Franco-Queers du Manitoba, il démontrait un manque flagrant de programmes et d’espaces sécuritaires pour la communauté, en particulier pour les jeunes. Le Centre de santé Saint-Boniface a voulu apporter son aide.

« Nous savions qu’il y avait un besoin au sein de la communauté, et nous savons que le travail visant à favoriser l’inclusion, le sentiment d’appartenance et la sécurité ne devrait jamais incomber aux personnes marginalisées », explique Janelle Delorme, responsable des relations avec les Autochtones et de l’équité, la diversité et l’inclusion au CDS. « Tous nos systèmes doivent trouver le moyen d’offrir des services équitables et de rendre nos espaces plus sûrs. Nous avons la responsabilité collective d’être plus inclusifs, de nous adapter et de créer de nouveaux services qui répondront aux besoins de cette communauté. »

Deux fois par mois, toute personne s’identifiant comme franco-queer est invitée à des soirées décontractées et peu structurées où les membres de la communauté peuvent littéralement trouver leur voix. Dans le rapport publié en 2024, 68 % des jeunes franco-queers ont déclaré qu’il y avait un manque de soutiens en français à leur intention. « Je pense qu’on ne saurait surestimer l’importance de la dimension linguistique dans tout cela », poursuit Turenne. « J’ai parlé à une personne qui sait depuis toujours qu’elle est bisexuelle, et aujourd’hui, à la fin de son adolescence, elle m’a confié que c’était la première fois qu’elle pouvait vraiment être elle-même, et dans sa langue maternelle. Tout le monde veut être authentique et se sentir en sécurité, tout en rencontrant de nouvelles personnes. »

Grâce à une subvention accordée par la Healthcare Insurance Reciprocal of Canada (HIROC), Turenne a rejoint l’équipe en tant que coordinatrice du programme, après que d’autres membres de la communauté eurent contribué à définir et à co-créer le programme lui-même. Le financement a également permis de soutenir le travail essentiel de Jay Campagne et de Mia Bestvater, qui ont élaboré la présentation du projet et travaillent actuellement à la rédaction d’un guide de ressources franco-queer.

Le personnel de CDS espérait pouvoir toucher 20 membres de la communauté au cours de la première année du projet. Alors que celle-ci touche à sa fin, plus de 45 personnes se sont présentées, et leur nombre augmente chaque mois. Le projet a connu un tel succès que HIROC les a invités à présenter une nouvelle demande et a financé une deuxième année de prestation de ces soutiens essentiels au Manitoba.

« Je pense tout particulièrement aux personnes qui nous rejoignent depuis les communautés rurales, où elles ne se sentent peut-être pas en sécurité de vivre pleinement leur réalité », réfléchit Turenne. « Elles font une heure de route pour être avec nous. Nous allons au musée, nous nous promenons en forêt, nous faisons tout ce que le groupe souhaite. Nous apprenons les uns des autres et créons un espace ensemble. C’est notre plus grande réussite : créer un sentiment de communauté. »

Pour sa part, Janelle Delorme est convaincue que le succès du programme tient en grande partie à ceux et celles qui l’ont mené. « Nous n’en sommes encore qu’aux prémices, mais rien de tout cela ne se serait produit, rien n’aurait aussi bien fonctionné si ce n’était pas des jeunes franco-queers qui avaient pris les rênes », conclut-elle. « Ces personnes et leur communauté ont tellement d’idées et de moyens pour continuer à grandir ensemble. Toustes savent qu’iels peuvent demander ce dont iels ont besoin et tout ce que nous avons à faire, c’est de continuer à les écouter. »

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Si vous faites partie de la communauté franco-queer et souhaitez en savoir plus sur ces événements, veuillez envoyer un courriel à aturenne@centredesante.mb.ca. Votre message sera reçu et traité en toute confidentialité.