Un espace pour le deuil au Centre Youville

30 mars, 2026 | Centre Youville

Kaily Bodnachuk (à gauche) et Cesar Gonzales

Le personnel du Centre Youville met en place de nouvelles façons de soutenir les personnes qui vivent l’émotion difficile du deuil, dans un monde qui n’est pas toujours prêt à y faire face. « Nous vivons dans une société qui évite le deuil », explique Kaily Bodnarchuk, conseillère et coanimatrice de cette programmation spécialisée. « Parfois, on ne veut même pas en parler ni être exposé à des conversations à ce sujet. Il existe peu d’endroits où les gens peuvent exprimer la douleur liée à la perte d’un être cher. »

Les membres de la communauté sont accueillis dans des espaces sécuritaires où le deuil peut prendre toute sa place, être nommé et traversé ensemble. « Plusieurs personnes disent qu’elles ont l’impression de ne plus pouvoir parler de leur proche », poursuit Cesar Gonzales, infirmier en santé communautaire qui travaille avec des groupes de soutien au deuil depuis plus de 30 ans. « Il existe beaucoup de mythes sur le temps que le deuil devrait prendre, ou sur le moment où on est censé “s’en remettre”. En réalité, on ne s’en remet pas — on apprend à vivre avec. »

À compter du 17 avril, un groupe de deuil sans inscription préalable intitulé Creating a Path sera offert chaque vendredi de 14 h à 16 h pendant trois semaines. Axé sur des activités visant à aider les participants à cheminer à travers leurs pertes, Bodnarchuk souligne que chacun vit son deuil différemment, et que les activités sont conçues en conséquence. « Le groupe que nous avons animé cet hiver était très centré sur la parole et le partage », explique-t-elle. « Celui à venir offrira toujours des espaces pour les gens, mais de différentes façons. Certaines personnes auront peut-être besoin de créer ou de faire quelque chose pour exprimer leur deuil. Nous allons explorer cela ensemble. »

Un élément fondamental du deuil relie les participants : ils souffrent parce qu’ils ont perdu quelqu’un avec qui ils avaient un lien fort. Qu’il s’agisse d’un conjoint, d’un parent, d’un enfant, d’un ami, d’un frère, d’une sœur ou d’une autre personne, le deuil est douloureux et peut aussi être complexe. « Nous explorons les différentes facettes de nos relations avec les personnes que nous avons perdues », ajoute Bodnarchuk. « On entend souvent dire qu’il ne faut pas parler en mal des défunts, mais les personnes et les relations sont complexes. Le reconnaître permet aux gens d’être plus honnêtes et authentiques dans ce qu’ils ressentent. »

Les groupes de deuil aident aussi les participants à se préparer aux journées potentiellement difficiles à venir. « Nous discutons de la façon dont certaines de nos relations peuvent changer après une perte », explique Gonzales. « Nous abordons aussi les souvenirs, les fêtes et les occasions spéciales — elles peuvent être déclenchantes, alors nous parlons de comment s’y préparer. Peut-être y a-t-il une façon d’intégrer la mémoire de votre proche lors d’un prochain repas familial, ou une manière de lui rendre hommage à votre façon; c’est un espace pour explorer ces idées ensemble. »

En tissant discussions, apprentissages et activités, chaque groupe crée l’espace dont il a besoin. « Certains éléments reviennent souvent », conclut Gonzales. « Les gens sont plus forts qu’ils ne le pensent, et ils commencent souvent à s’en rendre compte avec nous. Ou encore, ils reconnaissent ce dont ils ont besoin, dans le moment présent et pour la suite. Le deuil fait aussi autre chose pour beaucoup d’entre nous : il nous rappelle d’apprécier les moments que nous avons, et les liens que nous avons tissés. »