Un petit groupe de bénévoles au grand cœur, de Sainte-Anne au Manitoba, est convaincu que personne dans leur communauté ne devrait avoir de difficulté à mettre de la nourriture sur la table. D’humbles débuts il y a 11 ans, lors d’une rencontre où des membres de la communauté se demandaient s’il y avait réellement un besoin, jusqu’à l’aide alimentaire offerte à 106 familles en 2025, Accueil Kateri est devenu un soutien essentiel dans cette communauté de 2 000 habitants.
« Quand quelqu’un a d’abord dit qu’il n’était pas certain qu’il y ait des familles dans le besoin ici, j’ai répondu que si Grunthal et Steinbach avaient des banques alimentaires, nous ne pouvions pas être si différents », explique Aurèle Boisvert, président du conseil d’administration d’Accueil Kateri. « C’est une travailleuse sociale qui m’a d’abord fait prendre conscience du besoin. Elle voyait des enfants arriver à l’école sans avoir eu une alimentation adéquate, et la pauvreté en était malheureusement la cause. »

Chantal Fréchette, membre du conseil d’administration et bénévole, souligne que de nombreux mythes persistent au sujet des banques alimentaires et des personnes qui y ont recours. « C’est un problème en partie invisible », explique-t-elle. « Les personnes qui utilisent nos services travaillent. Elles ont un emploi et font tout ce qu’elles peuvent pour subvenir aux besoins de leur famille, mais ce n’est pas suffisant. Le coût de la vie a augmenté pour tout le monde, ce qui fait que plusieurs n’ont tout simplement plus assez de marge de manœuvre dans leur budget pour absorber la hausse des coûts alimentaires. »
Boisvert poursuit : « Dans un budget moderne, l’alimentation est souvent la seule chose qu’on peut ajuster. Le loyer, c’est le loyer, les téléphones coûtent ce qu’ils coûtent, mais on peut couper dans le budget alimentaire. Ça me bouleverse que, dans un pays comme le Canada, des gens soient forcés de faire ce genre de choix. Les personnes partagent souvent leur vécu lorsqu’elles viennent chercher de la nourriture, et honnêtement, c’est très difficile. Il leur arrive de pleurer un peu, et elles nous disent à quel point cette aide fait une différence. »
Une initiative communautaire comme Accueil Kateri fonctionne grâce au cœur, au dévouement et au soutien de celles et ceux qui peuvent donner. Lorsque, en 2024, Francofonds a offert 10 000 $ pour soutenir un programme novateur intitulé Un cerveau bien nourri donne une longueur d’avance, ce fut une véritable bouffée d’air frais. « Nous avions l’impression de pouvoir enfin avoir un impact plus important », admet Boisvert. Toutefois, il est rapidement devenu évident qu’un budget stable, permettant d’assurer des opérations fiables et constantes — y compris l’achat des denrées nécessaires — était essentiel à la pérennité du projet. « Nous avons donc communiqué avec Réseau Compassion Network pour voir s’ils pouvaient contribuer à stabiliser davantage notre financement afin de répondre à encore plus de besoins. »
Réseau Compassion Network versera 41 000 $ au cours des deux prochaines années pour couvrir les coûts liés à l’expansion d’un nouveau programme de nutrition et d’éducation visant à soutenir les enfants d’âge préscolaire issus de milieux mal desservis. Actuellement, le programme rejoint 14 enfants; ce nombre passera à 35 d’ici 2027 grâce à l’appui de RCN.
« Nous savons que la période la plus cruciale pour le développement des enfants se situe avant l’âge de cinq ans », explique Fréchette, qui supervise le programme de nutrition de la petite enfance. « Nous avons commencé modestement, mais nous offrons maintenant des repas sains prêts à manger que les tout-petits peuvent apporter à la garderie en milieu scolaire. Les familles reçoivent aussi un livre à lire ensemble et un petit cahier d’activités. Chaque mois a une thématique et nous avons bénéficié d’un soutien formidable de la part de travailleuses sociales, d’infirmières, de diététistes et d’enseignant·e·s qui nous ont proposé d’autres façons d’aider les familles de Sainte-Anne. »
Avec 36 bénévoles à l’Accueil Kateri, un don majeur comme celui de RCN représente bien plus qu’un soutien financier. « Nous sommes une petite organisation, un peu vulnérable; nous dépendons réellement de la communauté pour continuer », confie Aurèle Boisvert. « En plus, ce don envoie un message fort à nos bénévoles et aux familles que nous servons : d’autres se soucient d’eux aussi. Nous pouvons nourrir bien plus que la faim; nous pouvons être bien plus qu’une banque alimentaire. Quand je regarde les nouvelles ces temps-ci, je me rappelle à quel point le monde traverse des moments difficiles. Puis je regarde ce que nous réussissons à accomplir ici, et ça me réchauffe vraiment le cœur. »
