À mesure que nous vieillissons, bon nombre d’entre nous finiront par passer du temps dans un foyer de soins personnels (FSP), un endroit où notre santé et nos besoins quotidiens sont pris en charge par le personnel lorsque notre capacité à prendre soin de nous-mêmes diminue. Pour ceux et celles qui travaillent dans des établissements de soins personnels pour personnes âgées (ESPPA) à travers la province, y compris Actionmarguerite, la mission est de veiller à ce que les soins soient prodigués de la manière la plus digne et la plus personnalisée possible.
« Les soins aux personnes âgées étaient initialement basés sur un modèle médical, lui-même inspiré du modèle militaire, ce qui nous indique que, par nature, il s’agit d’un système assez rigide », explique Jennifer Rodrigue, directrice de l’innovation et de la stratégie à Actionmarguerite. « Pendant de nombreuses années, nous avons parlé de vie centrée sur la personne. Aujourd’hui, les établissements de soins de longue durée vont plus loin, vers l’établissement d’un modèle de vie autonome où la personne dirige ses choix de vie et son plan de soins. La personne qui vit en établissement de soins est un être humain à part entière, responsable de la direction de sa vie, et les personnes qui l’entourent ont pour mission de l’aider à atteindre ses objectifs. »
Mme Rodrigue explique que la réalité de la structure, du financement et de la gestion des établissements de soins de longue durée conduit à des résultats qui ne sont idéaux ni pour les résident.e.s ni pour le personnel. « Lors d’une récente conférence à laquelle j’ai assisté, on nous a présenté une statistique selon laquelle 100 % des Canadiens âgés interrogés préféreraient mourir plutôt que de vivre dans un établissement de soins de longue durée », explique-t-elle. « Je pense qu’il y a une très bonne raison à cela. Si vous disiez à n’importe lequel d’entre nous que nous allions perdre notre libre arbitre, être soumis à l’emploi du temps de quelqu’un d’autre, ne plus pouvoir choisir quand et ce que nous mangeons, et ne prendre qu’un bain par semaine… Nous ne choisirions pas cela pour nous-mêmes. »

Dans un milieu hospitalier, les soins peuvent sembler plus urgents, nécessiter des horaires de traitement plus stricts ou infliger un manque d’intimité pour des raisons de sécurité. Mme Rodrigue affirme que cela est logique dans un modèle médical, où un problème aigu exige de telles mesures. « En fin de compte, vieillir ne signifie pas être plus malade, mais cela peut vouloir dire acquérir un handicap physique ou intellectuel, comme la démence, par exemple », explique Rodrigue. « Nous les traitons comme s’ils étaient malades alors qu’ils ne le sont pas, ce qui est le résultat du capacitisme et de l’âgisme. Il n’y a rien d’autre que des opportunités d’amélioration dans la prestation de ce type de service. »
Les résident.e.s, le personnel et les membres de la famille adhèrent sans réserve à l’idée que chaque personne ait davantage de contrôle sur sa vie et ses soins. Le personnel d’Actionmarguerite se passionne pour la qualité de vie des résident.e.s, mais la réalité du changement de culture d’une organisation peut être difficile. « Comment pouvons-nous nous assurer que nous apportons un changement conscient à notre culture et à notre modèle de soins, sans que cela soit pénible pour les personnes qui dispensent les soins? », s’interroge Mme Rodrigue. « Nous ne voulons pas que cela soit source de confusion ou de désorientation pour le personnel, les résident.e.s et les familles. C’est pourquoi nous avons fait appel à Eden Alternative pour nous aider à gérer ce changement en douceur. »
La formation de trois jours, proposée au personnel par rotation, aide les membres du personnel et du conseil d’administration à découvrir ensemble les principes fondamentaux des soins dirigés par la personne. « Nous commençons par les 10 principes des soins dirigés par la personne, puis nous abordons les domaines du bien-être », explique Mme Rodrigue. « Nous apprenons que le remède à un foyer où les gens se sentent seuls, s’ennuient ou se sentent impuissants, consiste à s’asseoir ensemble et à commencer à réimaginer ce que cela pourrait être. Le cercle de partage a été très puissant, car nous commençons à déconstruire et à reconstruire la façon dont nous voulons prodiguer les soins. »
Alors qu’un nouveau rôle est en train d’être créé pour aider à intégrer les nouvelles politiques, procédures et changements dans la culture des soins à Actionmarguerite, la motivation principale qu’est de répondre aux besoins des gens reste au premier plan : « Tout le monde a besoin d’un but et d’un rôle significatif », conclut Mme Rodrigue. « Nous ne savons pas tous ce que cela fait de recevoir des soins sans jamais en donner. Ce déséquilibre des pouvoirs n’est pas agréable, c’est pourquoi nous voulons travailler avec les résident.e.s : qu’est-ce qui est important pour vous ? Comment voulez-vous contribuer à votre vie et à votre communauté ? Il y a tellement de façons d’explorer cette question. J’espère que nous sommes en passe de créer un meilleur modèle pour les centres de soins de longue durée du Manitoba. »
