Formation sur la réduction des mésfaits : briser les barrières

26 février, 2026 | Centre de santé Saint-Boniface

Un programme de formation sur la réduction des méfaits au Centre de santé Saint-Boniface (CDS) élargit les horizons du personnel, modifie le dialogue autour du soutien aux patient.e.s et, surtout, crée un espace plus sûr où ces derniers peuvent parler de certains de leurs problèmes les plus difficiles. Beyond the Needle, un programme de trois jours proposé par le Manitoba Harm Reduction Network, a changé la donne pour l’équipe du Centre de santé et les personnes qui font appel à leur expertise pour leur santé et bien-être.

La Dre Melodie Vermette, médecin au CDS depuis près de deux ans, a suivi la formation et s’est dite reconnaissante pour ce qu’elle y a appris. « C’était un bon résumé de choses que nous savions déjà, mais auxquelles nous devions peut-être réfléchir différemment, explique-t-elle. Les formateurs voulaient que nous dressions la liste des avantages de la consommation de substances, ce qui, bien sûr, remet en question notre façon de penser. Mais nous avons trouvé 30 ou 40 raisons, alors que nous pensons généralement que les substances sont uniquement néfastes. Nous avons beaucoup discuté des causes profondes et des réalités. »

Cette activité a eu un impact immédiat sur la façon dont la Dre Vermette abordera la question de la consommation de substances avec ses patient.e.s. « Avant, je leur demandais s’ils pensaient que leur consommation était un problème ou s’ils voulaient consommer des substances », explique-t-elle. « Ce n’étaient pas les bonnes questions à poser si je voulais que quelqu’un se sente en sécurité et non jugé. Pourquoi consommez-vous ? En quoi cela vous est-il bénéfique ? Les réponses à ces questions me permettront de mieux comprendre d’où ils viennent et comment je peux les aider. »

Janelle Delorme, responsable des relations avec les autochtones, de l’équité, de la diversité et de l’inclusion au CDS, estime que la possibilité pour le personnel de suivre cette formation ensemble était importante, mais aussi que beaucoup de travail en amont a été fait depuis longtemps pour en arriver là. « C’est un processus et une évolution lorsque vous essayez de changer votre façon d’aborder les patient.e.s ou les situations », explique-t-elle. « Au cours des trois dernières années, nous avons lentement enrichi nos connaissances ensemble, nous avons appris ce qu’est la prise en charge tenant compte des traumatismes, nous avons établi de nouveaux liens avec l’organisation Street Links, nous avions déjà mis en place de nombreux éléments, de sorte que toute notre équipe était prête pour une immersion profonde comme celle que nous avons vécue avec Beyond the Needle. »

Pour Mme Delorme, l’une des activités les plus marquantes a été lorsque le groupe s’est penché sur la vie d’une personne bénéficiant de l’aide à l’emploi et au revenu. « Nous avons analysé le budget, la logistique et les obstacles réels de cette personne. Nous avons découvert les systèmes qui maintiennent les gens dans une situation de dépendance », poursuit-elle. « J’ai vu des moments de prise de conscience, où des membres de l’équipe ont soudainement réalisé à quel point la situation est difficile pour certaines des personnes que nous aidons. Cette formation a permis de démystifier beaucoup de choses que nous avons apprises, intentionnellement ou non, en société. Et nous devons à notre communauté de continuer à apprendre. »

La réduction des risques et des méfaits est un terme qui fait souvent l’objet de débats ces dernières années, mais Mme Delorme estime qu’il s’agit d’un moyen direct d’améliorer les soins. « Nous savons que nous pouvons faire preuve de plus de compassion envers la personne qui se trouve devant nous, et l’une des façons d’y parvenir est de briser les stigmates et les préjugés », poursuit-elle. « Certains de nos patient.e.s nous ont dit : « Je ne sais pas quoi faire quand quelqu’un est gentil avec moi », car ils ne se sont jamais sentis acceptés ou bienvenus dans les établissements de santé auparavant. Nous pouvons faire mieux, et nous le devons à nos communautés. »

Le personnel du CDS se sent responsabilisé et encouragé par ses nouvelles perspectives sur la réduction des risques et a l’impression de mieux comprendre les problèmes de santé de ses patient.e.s. « En fin de compte, je sais une chose : les meilleurs soins que nous pouvons fournir sont ceux qui répondent aux besoins réels des gens », conclut Mme Delorme. « Si quelqu’un ne veut pas arrêter de boire, c’est peut-être parce qu’il a d’abord besoin d’un logement stable. Si quelqu’un ne veut pas arrêter de consommer des drogues, c’est peut-être parce qu’il a d’abord besoin d’un accompagnement psychologique. Lorsque les patient.e.s se sentent en sécurité pour nous parler de leur vie, nous pouvons mieux les aider et les accompagner vers une meilleure santé. »