Mot du cœur

26 février, 2026 | Le mot du cœur

Katarina Lee-Ameduri, next to the harm reduction kiosk.

La réduction des risques et méfaits est un terme qui devient de plus en plus courant et qui est parfois mal compris. Notre directrice de l’éthique et éthicienne clinique, Katarina Lee-Ameduri, explore les préjugés qui persistent autour de la réduction des méfaits et explique pourquoi elle pense que celle-ci est un élément important de nos services sociaux et de santé au Manitoba.

Réseau Compassion Network : Commençons par les bases : qu’est-ce que la réduction des risques et méfaits ?

Katarina Lee-Ameduri : Je définirais la réduction des risques et méfaits comme une approche philosophique visant à réduire les conséquences secondaires négatives associées à un comportement spécifique. En termes pratiques, mon exemple préféré est celui de la sécurité routière : nous portons la ceinture de sécurité en voiture. Elles ne sont pas parfaites, mais nous espérons que les conséquences secondaires d’un accident de voiture seront moins graves si nous en portons une. Nous pouvons appliquer cette même optique à de nombreux comportements dans la société.

RCN : Les ceintures de sécurité sont une forme de réduction des risques que nous approuvons tous, alors pourquoi y a-t-il tant de discussions au sujet de la réduction des méfaits dans les secteurs de la santé et des services sociaux ?

KLA : Je comprends vraiment pourquoi cela est controversé. Je pense que le fossé provient soit d’une incompréhension de l’expérience vécue par une personne ayant un problème de consommation de substances, soit d’une méconnaissance du fait que l’abstinence ne fonctionne pas pour tout le monde, par exemple. Lorsque la réduction des risques commence à inclure des accessoires plus sûrs pour fumer, des trousses d’injection et des trousses de naloxone, les gens peuvent se dire : « Si je leur donne ces articles, ils continueront simplement à consommer la substance de leur choix. » Ce que nous devrions vraiment dire, c’est : « Si je leur donne ces articles, ils continueront à consommer la substance de leur choix, mais nous pouvons les aider à réduire leurs risques d’infection. »

RCN : Tout d’abord, la réduction des risques et méfaits vise à réduire les effets négatifs de certains comportements, car chaque individu mérite d’être soutenu et soigné, mais vous pensez également qu’elle peut avoir des répercussions financières sur un système médical déjà surchargé, n’est-ce pas ?

KLA : Si nous prenons du recul et que nous regardons la situation dans son ensemble, la réduction des risques est une approche compatissante, mais pour être franche, elle permet également d’économiser de l’argent et de libérer de l’espace dans le système de santé. Si une personne contracte une cellulite à cause d’une aiguille usagée souillée et doit désormais faire face à une maladie grave et évolutive, elle a besoin de beaucoup de soins médicaux. Je pense parfois que nous faisons des économies de bouts de chandelle. Il peut être difficile d’obtenir des fonds pour des fournitures de réduction des risques à faible coût, comme des accessoires pour fumer sans danger et des trousses d’injection, mais nous dépensons des milliers de dollars par jour pour soigner à l’hôpital une personne qui a contracté une infection à cause de pratiques dangereuses.

RCN : L’Hôpital Saint-Boniface est le premier au Canada à disposer d’un kiosque de distribution d’items de réduction des risques – Notre Boitesanté – une machine qui distribue gratuitement des items de réduction des méfaits et de besoins essentiels telles que des brosses à dents, des breuvages et des collations nutritives, des aiguilles, des pipes et des produits d’hygiène personnel. Il est en service depuis six mois. Qu’avez-vous appris ?

KLA : Nous constatons que la stigmatisation est bien réelle et que les difficultés rencontrées par les personnes qui utilisent le kiosque le sont encore plus. On leur pose quelques questions de base et facultatives sur leur expérience et ceux et celles qui y répondent affirment en grande majorité que ce kiosque a un impact positif sur leur santé et que beaucoup d’entre eux n’ont pas de médecin ou d’accès régulier aux soins de santé. Nous constatons également ce dont notre communauté a le plus besoin : des produits d’hygiène et des breuvages nutritifs tel Boost. Les gens veulent être propres et nourris. Il n’y a aucune plainte concernant des actes de violence, des déchets ou des dégâts à proximité de la machine. Des milliers d’items sont distribués aux personnes qui en ont besoin. Voilà toute l’histoire. Je suis reconnaissante pour cette boîte, mais découragée par ce qu’elle révèle. C’est un aperçu de la souffrance des membres de notre communauté : ils n’ont pas les moyens d’acheter une brosse à dents, ils n’ont pas les moyens de se nourrir adéquatement. Nous pouvons et devons faire mieux.

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